Eco-mobilité

L'agglo et la mairie montrent l'exemple
50 % de réduction sur l’abonnement annuel Tam. C’est une des mesures du plan déplacement entreprise des deux collectivités pour inciter leurs salariés à délaisser leur voiture. Vélo et covoiturage sont aussi aidés. En espérant faire tâche d’huile du côté des entreprises. Mais côté élus, ce n'est pas encore ça.

 

Même s’il avait délaissé sa canne, comme il l’avait promis avant son départ en vacances, ce n’est quand même pas à vélo que Georges Frêche a débarqué dans la salle de l’hôtel d’agglomération ce 1er septembre. Pourtant, au programme de la conférence de presse : les solutions alternatives à la voiture dans les déplacements domicile-travail et, plus précisément, le plan de déplacement entreprise (PDE) de l’agglo et de la mairie. Ce dispositif contient une série de mesures pour inciter les employés des deux collectivités à laisser leur voiture au garage.
3 800 agents
Alors que le code du travail impose aux entreprises d’Ile de France de financer environ la moitié de l’abonnement aux transports en commun de leurs salariés, rien n’est prévu pour les sociétés des autres régions. Il faut donc saluer l’initiative des deux collectivités montpelliéraines qui prennent les devants. Mesure phare du plan visant les 3 800 agents de la mairie et de l’agglo : la réduction de 50 % sur l’abonnement annuel Tam pour les agents ayant choisi le transport collectif pour se rendre au boulot. A noter aussi la mise en place d’un logiciel visant à faciliter le covoiturage. Pour les vélos, l’aménagement d’un parking sécurisé est prévu avant fin 2005. Par ailleurs, une vingtaine de vélos sera mise à disposition des agents pour leurs déplacements professionnels. En revanche, l’amélioration du réseau de pistes cyclables, on s’en doute, n’est pas prévue dans le plan.
Mais « le challenge, pour Serge Fleurence, c’est de développer ce PDE dans un maximum d’entreprises. » Et même si Montpellier dispose, selon l’adjoint au maire et président du conseil d’administration de Tam, de « transports confortables, écologistes [sic] et non bruyants », l’agglo ne s’arrête pas là. Une réduction de 10 % sur le forfait annuel Tam sera ainsi consentie aux salariés d’une entreprise qui s’engage dans un PDE et la société de transport apportera son aide pour la mise en place du plan. Une extension qui devrait permettre de diminuer le nombre de trajets domicile-travail effectués en voiture alors que ceux-ci se montent aujourd’hui à 76,6 %.
Les élus aussi ?
Mais selon le dossier de presse, « ces indicateurs ne peuvent s’inverser sans un changement de comportement de tous. » De tous ? Des élus aussi alors ? Peut-être. Mais ni la mairie, ni l’agglo ne semblent avoir prévu de communiquer sur ce point (1). Si ce n’est les trois vélos disposés ostensiblement près de la table lors de la conférence de presse et qui auraient pu faire croire que certains allaient les enfourcher pour quitter la salle. Il n’en fut évidemment rien. Alors nous avons voulu connaître la situation des élus présents et s’ils prévoyaient de moins utiliser leur voiture à l’avenir. C’est alors que les choses se sont un petit peu gâtées (voir ci-dessous). La « volonté politique de préserver l’environnement et la qualité de vie » revendiquée dans le dossier de presse n’irait-elle pas jusque là ?
Jacques-Olivier Teyssier

(1) Contactés, les services de presse des deux collectivités n’ont pas répondu à notre question sur les situations actuelles et futures des élus quant à l’utilisation de la voiture.

 

Georges Frêche n’aime pas les questions

Lors de la conférence de presse sur le plan de déplacement entreprise (PDE) destinés aux agents de la mairie et de l'agglo (voir ci-dessus), l'Accroche a voulu savoir où en étaient les élus montpelliérains avec leurs modes de transports. Extraits mot pour mot des échanges.

 

l'Accroche (l'A) : « Sur le PDE, est-ce qu'on peut faire un tour de table pour savoir la situation des personnes autour de la table en termes de déplacement aujourd'hui, et qu'est ce qui est prévu après ?
[Le tour de table commence puis…]
l'A : Monsieur Fleurence ?
Serge Fleurence, adjoint au maire : Monsieur Fleurence, pour venir au travail, il…
Georges Frêche (GF), président de l'agglo : Non. Non mais écoutez, on n'est pas là pour faire une enquête, on est loin du sujet et moi je ne suis pas chargé de vous fournir des papiers pour la presse people. Alors je vous remercie, c'est très bien, l'enquête suffit.
l'A : Alors parlons…
GF : Le rôle des élus c'est de s'occuper de faire des transports en commun, c'est pas de répondre à des enquêtes particulières. Parce que ce genre de presse me déplaît, je vais vous le dire entre quatre yeux, absolument souverainement.
l'A : Vous disiez que…
GF (en colère) : Moi je me déplace comme j'ai envie de me déplacer et j'ai de compte à rendre à PERSONNE. Pour commencer.
l'A : Alors, parlons pas…
GF : Moi en ce qui me concerne, je vous répondrai pas. Vous avez une vraie réponse.
l'A : Non mais on peut comprendre que vous avez …
GF : Non mais on va pas… Écoutez. On discute actuellement de la situation de 500 000 personnes, on ne va pas poser des problèmes pour savoir… On peut le faire partout ça.
Est-ce que les directeurs d'écoles viennent en bus ou en voiture ? Est-ce que les syndicalistes viennent en bus ou en voiture ? On pourrait le faire sur tout le monde. Hein ? J'aime pas. Je ne sais pas ce qu'est votre journal, mais c'est une drôle d'accroche.
l'A : Non mais on parle de valeur d'exemple là. Je crois que c'est cité….
GF : Oui, la valeur d'exemple. Les élus prennent souvent… Moi je prends… Je vais vous donner un exemple gentiment puisque… Bon. Moi ma femme, par exemple, qui est directrice de l'OPAC [l'office HLM, ndlr], eh bien elle prend régulièrement le bus et le tramway chaque fois qu'elle vient en ville parce qu'elle habite à un arrêt de la ligne 1. Et ça lui est beaucoup plus facile de prendre le tramway pour venir place de la Comédie, que de prendre sa voiture. Bon par contre moi, je vais quand même vous répondre, parce que je veux pas jouer les mauvais coucheurs. Moi qui me déplace n'importe où, n'importe comment et tout, j'ai une voiture. Et même, cher ami, avec un chauffeur qui me conduit. »
Recueillis par J.-O. T.

 

Et à Toulouse ?

Ils étaient six. Trois hommes et trois femmes, élus de l'agglomération toulousaine, de gauche comme de droite, à s'être engagés à utiliser le vélo dans leurs déplacements quotidiens pendant tout le mois de juin 2005. Il y avait même plus de candidats que de places. Un jury associatif a préféré choisir ceux qui n'avaient pas l'habitude de prendre leur vélo.
Philippe Dufetelle, adjoint UMP en charge de la politique du vélo à Toulouse, cycliste convaincu et donc recalé par le jury, explique la démarche de ses collègues : « Ils voulaient se prouver à eux-mêmes qu'ils pouvaient relever le défi. En plus, il a fait très chaud en juin donc c'était assez éprouvant. Et puis ça se voulait un peu exemplaire. » Stéphane Coppey, conseiller municipal Vert de Balma, fait parti des sélectionnés. Il confirme : « Un élu a une vie assez chargée. C'était donc aussi une façon de dire que ses contraintes ne sont pas rédhibitoires. »
Au-delà de l'exemple, les élus en ont aussi tiré un bénéfice électoral. « Les médias ont très bien couvert l'opération », se souvient Jean-Claude Coustel. Mais ce que voulait surtout le président de l'Association vélo Toulouse, c’était « les sensibiliser et aussi les mouiller » pour « qu'ils nous disent pas "mais les commerçants, mais ceux-ci,…", quand on va les voir pour essayer de supprimer trois places de stationnement pour prolonger une bande cyclable. »

 

Et les Verts ?

Et les deux principaux élus verts de la majorité municipale de Montpllier ? « Quand il y aura la ligne 2 près de chez moi, je prendrai le tramway », promet Nicole Moschetti-Stamm. Aujourd'hui, pour elle, le bus c'est trop compliqué : « Il y a deux changements. » Alors elle prend sa Honda Logo, - « ce n'est pas un 4x4 », précise t-elle pour se justifier non sans malice - et pratique le covoiturage avec ses collègues élus Verts. Jean-Louis Roumégas avait-il flairé notre venue ? Toujours est-il que le 2e adjoint s'est mis au vélo pour ses trajets domicile-mairie depuis la rentrée. Mais il tempère : « Je ne suis pas un modèle de vertu parce que je suis un peu feignant. » Quant aux autres élus, Nicole Moschetti-Stamm, comme pour montrer que ce n'est pas gagné, glisse : « Beaucoup n'habitent pas à Montpellier voire dans l’agglo, alors… »


(textes publiés dans le numéro 3 de l'Accroche paru le 19 septembre 2005)

Publié le 25 février 2006

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